Un magnifique projet de biodiversité proposé à la Mairie de Paris

Projet de biodiversité sur le site du réservoir de Grenelle

La Mairie de Paris a décidé de réduire le réseau d’eau non potable en fermant l’usine de production d’Auteuil, et deux réservoirs de stockage dont le réservoir de Grenelle.

L’amendement au schéma directeur de l’eau non potable concernant le réservoir de Grenelle a été adopté à l’unanimité au Conseil de Paris le 30 septembre 2015, avec trois principes essentiels :
– « que la vocation du site soit pleinement valorisée au travers d’un projet d’agriculture urbaine étudiant notamment la faisabilité de l’aquaponie,

– que les aménagements soient réversibles afin que l’exploitation du réservoir d’eau non potable soit possible si cela s’avérait nécessaire dans l’avenir

– que la Mairie d’arrondissement, le Conseil Consultatif de quartier,et les riverains soient pleinement associés à la mise en oeuvre de ce projet. »

Ces trois principes ne sont pas respectés par le projet d’aquaponie actuellement à l’étude. La structure-même des bassins n’est pas du tout adaptée à cette activité, impliquant le vidage des bassins et la construction d’équipements en dur, lourds et coûteux, risquant d’altérer irréversiblement le bâti des bassins, sans certitude de résultat. De plus, ce projet est contre-performant du point de vue environnemental, car il substitue à un îlot de fraîcheur un îlot de chaleur dans un quartier extrêmement dense (près de 50 000 habitants/km2). Il détruit aussi un lieu rare à Paris de biodiversité. Et le bâchage plastique ne laissant pas passer les particules fines, celles-ci se rediffuseront dans l’air respiré par les habitants du quartier. Clairement, ce premier principe voté sera difficile à atteindre.

Et par voie de conséquence, le second principe ne sera plus respecté, car après les travaux et l’absence d’eau dans les bassins pendant plusieurs hivers, il est très probable que le réservoir ne pourra plus être réhabilité dans les faits.

Enfin, la réunion de quartier qui a rassemblé plus de 150 personnes le 20 avril dernier, a clairement démontré le refus des habitants du quartier de valider ce projet pour toutes les raisons évoquées ci-dessus.

En concertation avec les habitants du quartier, nous souhaitons donc proposer un projet alternatif pour que la vocation du site soit pleinement valorisée au travers d’un projet de biodiversité. Pourquoi ce choix ?

Lire la suite ici.

 

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Un site Parisculteurs créateur d’un îlot de chaleur et destructeur de biodiversité

La Mairie de Paris s’apprête à supprimer un îlot de fraîcheur, supprimer un grand lieu de biodiversité, créer un îlot de chaleur, dispenser davantage de particules fines dans l’air du 15ème, et probablement détruire définitivement un réservoir d’eau non potable ! Objectif : parvenir à 100 hectares de végétalisation en 2020, dont un tiers d’agriculture urbaine. Mais, à quel prix…

 

Eau de Paris a mis à disposition de Parisculteurs le réservoir d’eau non potable de Grenelle. Ce réservoir a non seulement une fonction hydraulique pour la Ville, mais il crée un îlot de fraîcheur dans le quartier hyperconstruit au milieu duquel il se situe (près de 50 000 habitants/m2) émaillé de rues étroites et chaudes*. L’eau absorbant les particules fines, le réservoir est un acteur important de la lutte contre la pollution dans ce quartier.

Ce réservoir est aussi un véritable lieu de biodiversité, où les canards sauvages viennent se reproduire entre février et juillet, où les mouettes, au moindre vent annoncé sur les côtes, viennent se réfugier par centaines, où il n’est pas rare de voir un héron ou autre migrant se poser. Les voûtes sont un lieu de nidification des pipistrelles, espèce protégée de petites chauves-souris en voie de disparition.

Ecologiquement, ce projet est aussi contre-performant à cause des particules fines qui seront retenues par le bâchage plastique, pour se rediffuser dans l’air respiré par les habitants du quartier alors qu’actuellement elles sont absorbées par l’eau du réservoir.

Ce projet conduit par deux adjointes de la Mairie Centrale de Paris, Célia Blauel en charge de l’eau (écologiste !) et Pénélope Komités en charge des espaces verts (ex-Greenpeace !), prévoit l’aménagement des bassins vidés de leur eau, qui seront recouverts de pseudo-serres, arceaux bâchés de plastique, chauffés à 25°dans lesquels des légumes pousseront hors-sol en trempant leurs racines dans un peu d’eau enrichie de nutriments provenant de déjections de truites élevées dans de minuscules bassins à côté. Des aménagements lourds, grevant le bâti des bassins sont prévus, comme la construction d’escaliers, de rampes, de monte- charges et de bureaux… Alors que le Conseil de Paris a voté en septembre 2015 la réversibilité du réservoir, celle-ci semble très fortement remise en cause par ces travaux.

Paris, ville très dense et très minéralisée, souffre et va continuer à beaucoup souffrir dans un futur proche du réchauffement climatique, principalement à cause de la multiplication des îlots de chaleur urbains, accentuant localement le réchauffement de la planète (+4° dus aux ICU en 2100, Nature Climate Change 29 mai 2017 )*. Se passer de deux grands bassins d’eau, alors que l’on construit des mares dans les jardins parisiens à grand frais pour contrer les effets de la chaleur, l’eau étant le premier remède pour combattre les îlots de chaleur et la pollution…

Aujourd’hui Respiration Paris 15 demande à la Mairie de Paris de reconsidérer le choix de ce site pour ce projet qui pourrait mieux s’épanouir sur un lieu plus approprié. Et, s’il doit vraiment sortir du réseau d’eau non potable, d’exploiter le réservoir de Grenelle pour enrichir écologiquement ce lieu en y créant un laboratoire de biodiversité par l’introduction d’espèces animales et/ou végétales introuvables à Paris.

*http://www.apur.org/sites/default/files/documents/atlas_espace_public_paris_15e_arr.pdf

Présentation houleuse du projet d’aquaponie par Cécile Roux

Le 20 avril 2017

Alors que les habitants du quartier du réservoir de Grenelle et plus largement du 15ème arrondissement de Paris demandent le maintien du réservoir dans le réseau d’eau non potable, près de 150 personnes se sont déplacées sur l’invitation du Maire, Philippe Goujon, pour la présentation par son auteure, Cécile Roux, du projet d’aquaponie envisagé par la Mairie de Paris en lieu et place de l’eau dans le réservoir de Grenelle.

Côté Mairie du 15ème, Jean-François Lamour, député, Alphée Roche-Noel, Marie Toubiana et Olivier Rigaud, adjoints au Maire.

Côté Mairie centrale, Célia Blauel présidente d’Eau de Paris et adjointe à la Maire, Hortense Bret, directrice de l’ingienerie d’Eau de Paris, Pénélope Komités, en charge de Pariculteurs, adjointe à la Maire.

Pénélope Komites évoque le souhait de la Mairie de Paris de renouer avec le Paris des maraîchages du XIXème siècle… Introduction surprenante. En 1850, Paris ne comptait que neuf arrondissements dont le million d’habitants disposait d’espace autour de la ville pour cultiver la terre, la vraie. Et le réservoir de Grenelle, situé dans la commune de Vaugirard, était… une fontaine d’eau publique. Pas besoin de renouer, il suffit de préserver !

Célia Blauel réitère son discours sur l’eau non potable utilisée pour nettoyer les trottoirs, arroser les jardins, remplir les réservoirs de chasse (200 000m3/an) et son affirmation de l’inutilité du réservoir quand bien même les besoins en eau non potable doubleraient. Oubliant de préciser qu’aujourd’hui, moins de la moitié des volumes d’eau utilisée pour les parcs et jardins est de l’eau non potable, une partie des réservoirs de chasse est encore traitée par des produits chimiques très dangereux (H2S) qui se répandent en surface dans l’air respiré par les Parisiens, au lieu d’être remplis à l’eau non potable, et que certaines bouches pour le lavage des trottoirs ne sont toujours pas reliées à l’eau non potable ! Aujourd’hui, l’opacité de la Ville sur sa consommation d’eau non potable est une honte à la démocratie !

Pourtant, l’Apur, auteur des études les plus fouillées sur l’eau non potable de Paris (entre 2010 et 2015, pas moins que cinq études de référence, sauf pour la Ville), seul vrai spécialiste du sujet, recommande de conserver le réservoir de Grenelle, et affirme le besoin de la Ville en eau non potable. Comme il le rappelle dans son panorama de presse de juin 2015 :»Avec un point de départ à la réflexion : l’avenir du réseau d’eau non-potable (ENP) qui reste incertain »… : « d’abord, il pourrait revenir dans « la gestion du sale » en abondant davantage les égouts – ce qui impliquerait une réactivation des équipements, comme les bouches de lavage et les réservoirs de chasse… ». La volonté à peine dissimulée de la Mairie de Paris de démanteler le réseau d’eau non potable pour en récupérer le foncier aboutit simplement à réduire au minimum son usage pour justifier une fermeture partielle du réseau.

Puis, présentation de Cécile Roux de son projet d’aquaponie. Confuse, très imprécise et hésitante, elle n’a pas convaincu. De son propre aveu, elle ne comprend pas comment son projet a pu être choisi par le jury… Nous non plus !

Qu’il s’agisse de l’aménagement des bassins vidés de leur eau, qui seront recouverts d’arceaux bâchés de plastique, dans lesquelles des plantes pousseront hors-sol en trempant leurs racines dans un peu d’eau enrichie de nutriments provenant des déjections des truites, du chauffage des serres, ou des aménagements lourds (grevant le bâti des bassins), comme la construction d’escaliers, de rampes, de monte-charges et de bureaux…aucune information précise. Sa seule certitude, le bruit. « « oui, les pompes feront du bruit ! «  lâche-t-elle dans un élan de sincérité. Avec l’écho formé par la hauteur des bâtiments entourant les bassins, riverains, réjouissez-vous !

Même flou sur l’activité, démarrage par la construction d’un seul tunnel de 300m2 pour produire 1 tonne de poissons et 4 tonnes de légumes à vendre sur le marché (?) ou directement (?), avec un objectif de 5 tonnes de truites, dont la moitié sera fumée (mais pas sur place) et 25 tonnes de légumes, et le compostage des déchets pour resservir d’engrais… Rien de vraiment pensé ou arrêté depuis plus d’un an de son «élection».

Sur le chiffrage, Cécile Roux venant de l’analyse financière, on s’attendait à une brillante présentation du plan de financement, subventions, investissements, rentabilité.… On peut juste se réjouir de son exonération de redevance par la Mairie de Paris.

Quant à la vente sur le marché, il faut plus de 10 ans d’attente pour obtenir un stand le dimanche à Convention, dixit les commerçants, furieux. A moins qu’en plus d’un espace gratuit, des exonérations, probablement des subventions, la Mairie de Paris obtiendra une place à Cécile Roux qui concurrencera déloyalement les commerçants largement taxés par la Ville, qui paient leur terrain, leur stand, leur transport de lointaines banlieues pour installer leur stand avant 8 h… Jusqu’au jour où ils se lasseront et nous n’aurons plus nos marchés !

Jean-François Lamour a pris la parole pour synthétiser les propos de Cécile Roux et pointer les incohérences. Les intervenants de la Mairie du 15ème ont posé les bonnes questions sur les travaux sur le site, l’endommagement des cuves, les allées et venues sur site, le bruit des élévateurs, des chariots motorisés ou non, et celui généré par les pompes et moteurs H24, les odeurs dégagées par les déchets organiques ou les poissons morts. Ils ont parfaitement exprimé les inquiétudes des riverains, et annoncé que des mesures sonores seront réalisées par un expert avant et après les installations, et que le bruit ne sera aucunement toléré

L’assemblée a rapidement posé beaucoup de questions pointues.

Sur la réversibilité du réservoir, la Mairie de Paris s’engage sur une remise en état ! La mise à sec du réservoir pendant plusieurs années ne pose pas de problème d’après Hortense Bret. Pourtant, compte tenu du mode de construction de l’ouvrage qui retient l’humidité au coeur même de sa structure, il est évident que s’il est mis à sec en période hivernale, il risque d’être fortement et irrémédiablement dégradé si cette eau contenue dans la maçonnerie venait à geler. Les ingénieurs de la Ville de Paris ne peuvent pas ignorer ce fait.

Sans parler de la dégradation définitive du bâti. Il suffit de lire l’étude qui a été faite de la maçonnerie du réservoir pour mesurer à quel point ces ouvrages sont particuliers. L’étanchéité n’est pas assurée par une membrane imperméable, c’est la maçonnerie elle-même qui est d’une telle densité et d’une telle qualité d’exécution qui fait office de contenant. C’est absolument remarquable.  Quand on lit le rapport d’ingénierie qui a été commandé par la Ville, on comprend entre les lignes qu’il avait été en fait demandé de démontrer que le réservoir de Grenelle aurait été dans un état dégradé demandant des travaux de rénovation coûteux, ce qui aurait été la parfaite excuse pour le condamner… Malgré leurs efforts, les ingénieurs n’ont rien trouvé à redire de significatif. Ce réservoir a traversé les siècles quasiment sans entretien et n’en a toujours pas besoin, c’est une prouesse, un chef d’oeuvre!

Sur le remplacement d’un îlot de fraîcheur par un îlot de chaleur,  Pénélope Komitès a été grandiose, nous apprenant que les bassins étant « inertes », ils n’apportaient pas de fraîcheur, et dangereux de surcroît, en raison de la présence du moustique-tigre dans Paris. Par contre, pas un mot sur la biodiversité qui est au coeur de sa mission à la Mairie de Paris !

Madame Komites devrait réserver ses leçons sur le rafraîchissement à la Ville que ce sujet passionne, ayant adopté le livre bleu en 2012 : »l’autre rôle de l’eau dans la Ville est de participer au refroidissement de l’air par évaporation. L’évaporation est le phénomène physique de transformation de l’eau liquide en vapeur d’eau, l’évaporation consomme de l’énergie et donc prélève de la chaleur dans l’environnement ».

Elle devrait aussi relire le Plan Climat Energie de Paris adopté en 2012 : »Intégrer et utiliser l’eau en Ville pour ses capacités de thermorégulation : l’eau dans les mares, lacs, fontaines ou en circulation dans les parcs favorise une baisse des températures et contribue ainsi à l’amélioration du bien être en ville ». Les mares que la Ville veut intégrer aujourd’hui dans Paris pour rafraîchir la ville ne sont-elles pas des surfaces inertes ?

Quant aux insectes, c’est vrai que les riverains souffrent depuis l’été 2016 d’une abondante présence d’éphémères (rien à voir avec des moustiques). Les riverains se posent à cet égard beaucoup de questions sur la légèreté d’Eau de Paris qui soudainement n’est plus capable d’assurer l’entretien sanitaire de ses équipements. Certains qui habitent depuis 30 ou 40 ans autour du réservoir n’ont jamais vu ça. Comme par hasard, l’été 2016, les insectes débarquent ??? C’est ballot ! Quant à la menace de moustiques-tigres de Madame Komites, c’est très grave. Compte tenu de l’amateurisme ambiant, et du climat de méfiance instauré par la Mairie centrale, il vaudrait mieux que ça n’arrive pas et qu’Eau de Paris prenne rapidement des mesures sanitaires pour que ces soudaines invasions d’insectes cessent. Pourquoi les carpes qui jouaient ce rôle il y a une vingtaine d’années ont-elles été enlevées des bassins ?  On parlait moins d’écologie à l’époque, mais on la pratiquait !

Quant à la biodiversité, la grande absente de cette réunion, on n’élimine pas, Madame Komités, d’un revers de la main, un sujet aussi sensible à Paris. Il n’est de semaine sans qu’un article n’alerte sur les mesures à pendre pour protéger le peu d’espèces encore présentes dans notre ville. Vous semblez ignorer que le réservoir de Grenelle est un véritable lieu de biodiversité, où les canards sauvages viennent se reproduire entre février et juillet, où les mouettes, au moindre vent annoncé sur les côtes, viennent se réfugier par centaines, où il n’est pas rare de voir un héron ou autre migrant dont nous ignorons le nom se poser. Les voûtes sont un lieu de nidification des pipistrelles, espèce protégée de petites chauves-souris en voie de disparition. 

En conclusion, l’îlot de chaleur créé par le chauffage à 25° des tunnels, au milieu de ces hauts bâtiments encerclant le réservoir, dans un quartier à rues chaudes, de près de 50 000 h/km2, les particules fines qui ne seront plus absorbées par l’eau, mais retenues par les bâches plastique pour se répartir à nouveau dans l’air, la destruction d’un vrai lieu de biodiversité pas si fréquent à Paris, militent pour déplacer ce projet sur un autre espace.

Enfin le rapport de l’Enquête Publique

Avec 5 mois de retard, le rapport de l’Enquête Publique est enfin sorti.

Voici le lien.
Trois pages concernent le réservoir de Grenelle :
p28 : où nous voyons que le réservoir de Grenelle fait partie des 5 lieux visités par les enquêteurs, et où il est signifié qu’il ne serait pas construit
p212 : où sont repris les verbatimes de toutes celles et ceux qui ont participé à l’enquête dans le 15ème (plus de 150 Parisiens du 15ème).
p327 : où le commentaire du rapporteur n’est ni plus ni moins que la reprise de l’amendement voté au Conseil de Paris de septembre dernier.
Nous sommes partagés entre la satisfaction que le rapporteur ait tenu compte de la mobilisation des habitants du 15ème pour défendre le réservoir de Grenelle, et la déception qu’il n’ait pas fait mention de leurs demandes de le conserver dans le réseau d’eau non potable !

La Région Ile de France pour un élargissement de l’usage de l’eau non potable

A l’occasion des élections régionales en décembre 2015, nous avions interpelé les deux candidats, Valérie Pécresse et Claude Bartolone sur leur intention par rapport à l’élargissement de l’usage de l’eau non potable à l’échelle du Grand Paris, ainsi que sur la sur-densification de Paris. Nous publions ci-dessous notre courrier, ainsi que leur réponse.

courrier à Valérie Pecresse

courrier à Claude Bartolone

réponse de Valérie Pécresse

réponse de Claude Bartolone