Présentation houleuse du projet d’aquaponie par Cécile Roux

Le 20 avril 2017

Alors que les habitants du quartier du réservoir de Grenelle et plus largement du 15ème arrondissement de Paris demandent le maintien du réservoir dans le réseau d’eau non potable, près de 150 personnes se sont déplacées sur l’invitation du Maire, Philippe Goujon, pour la présentation par son auteure, Cécile Roux, du projet d’aquaponie envisagé par la Mairie de Paris en lieu et place de l’eau dans le réservoir de Grenelle.

Côté Mairie du 15ème, Jean-François Lamour, député, Alphée Roche-Noel, Marie Toubiana et Olivier Rigaud, adjoints au Maire.

Côté Mairie centrale, Célia Blauel présidente d’Eau de Paris et adjointe à la Maire, Hortense Bret, directrice de l’ingienerie d’Eau de Paris, Pénélope Komités, en charge de Pariculteurs, adjointe à la Maire.

Pénélope Komites évoque le souhait de la Mairie de Paris de renouer avec le Paris des maraîchages du XIXème siècle… Introduction surprenante. En 1850, Paris ne comptait que neuf arrondissements dont le million d’habitants disposait d’espace autour de la ville pour cultiver la terre, la vraie. Et le réservoir de Grenelle, situé dans la commune de Vaugirard, était… une fontaine d’eau publique. Pas besoin de renouer, il suffit de préserver !

Célia Blauel réitère son discours sur l’eau non potable utilisée pour nettoyer les trottoirs, arroser les jardins, remplir les réservoirs de chasse (200 000m3/an) et son affirmation de l’inutilité du réservoir quand bien même les besoins en eau non potable doubleraient. Oubliant de préciser qu’aujourd’hui, moins de la moitié des volumes d’eau utilisée pour les parcs et jardins est de l’eau non potable, une partie des réservoirs de chasse est encore traitée par des produits chimiques très dangereux (H2S) qui se répandent en surface dans l’air respiré par les Parisiens, au lieu d’être remplis à l’eau non potable, et que certaines bouches pour le lavage des trottoirs ne sont toujours pas reliées à l’eau non potable ! Aujourd’hui, l’opacité de la Ville sur sa consommation d’eau non potable est une honte à la démocratie !

Pourtant, l’Apur, auteur des études les plus fouillées sur l’eau non potable de Paris (entre 2010 et 2015, pas moins que cinq études de référence, sauf pour la Ville), seul vrai spécialiste du sujet, recommande de conserver le réservoir de Grenelle, et affirme le besoin de la Ville en eau non potable. Comme il le rappelle dans son panorama de presse de juin 2015 :»Avec un point de départ à la réflexion : l’avenir du réseau d’eau non-potable (ENP) qui reste incertain »… : « d’abord, il pourrait revenir dans « la gestion du sale » en abondant davantage les égouts – ce qui impliquerait une réactivation des équipements, comme les bouches de lavage et les réservoirs de chasse… ». La volonté à peine dissimulée de la Mairie de Paris de démanteler le réseau d’eau non potable pour en récupérer le foncier aboutit simplement à réduire au minimum son usage pour justifier une fermeture partielle du réseau.

Puis, présentation de Cécile Roux de son projet d’aquaponie. Confuse, très imprécise et hésitante, elle n’a pas convaincu. De son propre aveu, elle ne comprend pas comment son projet a pu être choisi par le jury… Nous non plus !

Qu’il s’agisse de l’aménagement des bassins vidés de leur eau, qui seront recouverts d’arceaux bâchés de plastique, dans lesquelles des plantes pousseront hors-sol en trempant leurs racines dans un peu d’eau enrichie de nutriments provenant des déjections des truites, du chauffage des serres, ou des aménagements lourds (grevant le bâti des bassins), comme la construction d’escaliers, de rampes, de monte-charges et de bureaux…aucune information précise. Sa seule certitude, le bruit. « « oui, les pompes feront du bruit ! «  lâche-t-elle dans un élan de sincérité. Avec l’écho formé par la hauteur des bâtiments entourant les bassins, riverains, réjouissez-vous !

Même flou sur l’activité, démarrage par la construction d’un seul tunnel de 300m2 pour produire 1 tonne de poissons et 4 tonnes de légumes à vendre sur le marché (?) ou directement (?), avec un objectif de 5 tonnes de truites, dont la moitié sera fumée (mais pas sur place) et 25 tonnes de légumes, et le compostage des déchets pour resservir d’engrais… Rien de vraiment pensé ou arrêté depuis plus d’un an de son «élection».

Sur le chiffrage, Cécile Roux venant de l’analyse financière, on s’attendait à une brillante présentation du plan de financement, subventions, investissements, rentabilité.… On peut juste se réjouir de son exonération de redevance par la Mairie de Paris.

Quant à la vente sur le marché, il faut plus de 10 ans d’attente pour obtenir un stand le dimanche à Convention, dixit les commerçants, furieux. A moins qu’en plus d’un espace gratuit, des exonérations, probablement des subventions, la Mairie de Paris obtiendra une place à Cécile Roux qui concurrencera déloyalement les commerçants largement taxés par la Ville, qui paient leur terrain, leur stand, leur transport de lointaines banlieues pour installer leur stand avant 8 h… Jusqu’au jour où ils se lasseront et nous n’aurons plus nos marchés !

Jean-François Lamour a pris la parole pour synthétiser les propos de Cécile Roux et pointer les incohérences. Les intervenants de la Mairie du 15ème ont posé les bonnes questions sur les travaux sur le site, l’endommagement des cuves, les allées et venues sur site, le bruit des élévateurs, des chariots motorisés ou non, et celui généré par les pompes et moteurs H24, les odeurs dégagées par les déchets organiques ou les poissons morts. Ils ont parfaitement exprimé les inquiétudes des riverains, et annoncé que des mesures sonores seront réalisées par un expert avant et après les installations, et que le bruit ne sera aucunement toléré

L’assemblée a rapidement posé beaucoup de questions pointues.

Sur la réversibilité du réservoir, la Mairie de Paris s’engage sur une remise en état ! La mise à sec du réservoir pendant plusieurs années ne pose pas de problème d’après Hortense Bret. Pourtant, compte tenu du mode de construction de l’ouvrage qui retient l’humidité au coeur même de sa structure, il est évident que s’il est mis à sec en période hivernale, il risque d’être fortement et irrémédiablement dégradé si cette eau contenue dans la maçonnerie venait à geler. Les ingénieurs de la Ville de Paris ne peuvent pas ignorer ce fait.

Sans parler de la dégradation définitive du bâti. Il suffit de lire l’étude qui a été faite de la maçonnerie du réservoir pour mesurer à quel point ces ouvrages sont particuliers. L’étanchéité n’est pas assurée par une membrane imperméable, c’est la maçonnerie elle-même qui est d’une telle densité et d’une telle qualité d’exécution qui fait office de contenant. C’est absolument remarquable.  Quand on lit le rapport d’ingénierie qui a été commandé par la Ville, on comprend entre les lignes qu’il avait été en fait demandé de démontrer que le réservoir de Grenelle aurait été dans un état dégradé demandant des travaux de rénovation coûteux, ce qui aurait été la parfaite excuse pour le condamner… Malgré leurs efforts, les ingénieurs n’ont rien trouvé à redire de significatif. Ce réservoir a traversé les siècles quasiment sans entretien et n’en a toujours pas besoin, c’est une prouesse, un chef d’oeuvre!

Sur le remplacement d’un îlot de fraîcheur par un îlot de chaleur,  Pénélope Komitès a été grandiose, nous apprenant que les bassins étant « inertes », ils n’apportaient pas de fraîcheur, et dangereux de surcroît, en raison de la présence du moustique-tigre dans Paris. Par contre, pas un mot sur la biodiversité qui est au coeur de sa mission à la Mairie de Paris !

Madame Komites devrait réserver ses leçons sur le rafraîchissement à la Ville que ce sujet passionne, ayant adopté le livre bleu en 2012 : »l’autre rôle de l’eau dans la Ville est de participer au refroidissement de l’air par évaporation. L’évaporation est le phénomène physique de transformation de l’eau liquide en vapeur d’eau, l’évaporation consomme de l’énergie et donc prélève de la chaleur dans l’environnement ».

Elle devrait aussi relire le Plan Climat Energie de Paris adopté en 2012 : »Intégrer et utiliser l’eau en Ville pour ses capacités de thermorégulation : l’eau dans les mares, lacs, fontaines ou en circulation dans les parcs favorise une baisse des températures et contribue ainsi à l’amélioration du bien être en ville ». Les mares que la Ville veut intégrer aujourd’hui dans Paris pour rafraîchir la ville ne sont-elles pas des surfaces inertes ?

Quant aux insectes, c’est vrai que les riverains souffrent depuis l’été 2016 d’une abondante présence d’éphémères (rien à voir avec des moustiques). Les riverains se posent à cet égard beaucoup de questions sur la légèreté d’Eau de Paris qui soudainement n’est plus capable d’assurer l’entretien sanitaire de ses équipements. Certains qui habitent depuis 30 ou 40 ans autour du réservoir n’ont jamais vu ça. Comme par hasard, l’été 2016, les insectes débarquent ??? C’est ballot ! Quant à la menace de moustiques-tigres de Madame Komites, c’est très grave. Compte tenu de l’amateurisme ambiant, et du climat de méfiance instauré par la Mairie centrale, il vaudrait mieux que ça n’arrive pas et qu’Eau de Paris prenne rapidement des mesures sanitaires pour que ces soudaines invasions d’insectes cessent. Pourquoi les carpes qui jouaient ce rôle il y a une vingtaine d’années ont-elles été enlevées des bassins ?  On parlait moins d’écologie à l’époque, mais on la pratiquait !

Quant à la biodiversité, la grande absente de cette réunion, on n’élimine pas, Madame Komités, d’un revers de la main, un sujet aussi sensible à Paris. Il n’est de semaine sans qu’un article n’alerte sur les mesures à pendre pour protéger le peu d’espèces encore présentes dans notre ville. Vous semblez ignorer que le réservoir de Grenelle est un véritable lieu de biodiversité, où les canards sauvages viennent se reproduire entre février et juillet, où les mouettes, au moindre vent annoncé sur les côtes, viennent se réfugier par centaines, où il n’est pas rare de voir un héron ou autre migrant dont nous ignorons le nom se poser. Les voûtes sont un lieu de nidification des pipistrelles, espèce protégée de petites chauves-souris en voie de disparition. 

En conclusion, l’îlot de chaleur créé par le chauffage à 25° des tunnels, au milieu de ces hauts bâtiments encerclant le réservoir, dans un quartier à rues chaudes, de près de 50 000 h/km2, les particules fines qui ne seront plus absorbées par l’eau, mais retenues par les bâches plastique pour se répartir à nouveau dans l’air, la destruction d’un vrai lieu de biodiversité pas si fréquent à Paris, militent pour déplacer ce projet sur un autre espace.